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Eternal Darkness : Sanity's Requiem

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Eternal Darkness : Sanity's Requiem - Test

Gamecube     Rédigé par Pargonis     le 10/05/19 à 00:00     0 Coms et 82 Vues
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Paru en 2002 et développé par les Canadiens de Silicon Knight, Eternal Darkness est un jeu d'aventure à l'ambiance horrifique. Initialement prévu sur Nintendo 64, le titre à été repoussé à plusieurs reprises pour garnir la ludothèque Gamecube, alors dans sa première année d'existence. Souvent qualifiée à tort de Survival Horror, cette exclusivité Nintendo a hélas subi la concurrence directe avec un certain Resident Evil Rebirth sorti à peine quelques mois plutôt en Europe, une situation qui hélas a obligé le titre à rester dans l'ombre. Malgré les critiques unanimes à son sujet, le succès commercial d'Eternal Darkness resta extrêmement discret et la licence ne parvint jamais, à réapparaître sur nos consoles. Alors, absence de succès légitime ou révoltante injustice ? Pour le savoir, plongeons nous ensemble au cœur des ténèbres éternelles.




Un Eternel recommencement



Le studio Silicon Knights nous transporte au milieu d'une intrigue policière sordide. Alexandra Roivas, étudiante en Mathématiques abstraites, est appelée d'urgence pour identifier le corps de son grand-père, Edward, retrouvé sauvagement assassiné dans le vieux manoir familial. La police étant incapable de trouver la moindre explication, Alexandra décide alors de mener l'enquête elle-même et de percer les terribles secrets que renferment la mystérieuse demeure. Edward étant sa seule famille, Alexandra, désormais orpheline va découvrir, à travers les indices laissés par son grand-père, qu'une conspiration s'organise contre l'humanité depuis des millénaires et que des forces qui nous dépassent grandissent dans l'ombre. L'existence des Anciens nous est révélée : "[...] des formes de vies qui ne sont pas soumises aux lois de la physique, de la nature et du temps, qui n'avaient ni but, ni éthique.[...] Emprisonnés dans leurs tombeaux souterrains, ils attendent que les conditions soient réunies pour revenir", nous explique-t-on dans le manuel du jeu.



- Le tact et l'empathie de la police américaine -


Une quête longue de plusieurs siècles s'engage alors contre des puissances mystiques qui dépassent la perception de notre univers, et nous, pauvres humains devront lutter pour ne pas perdre l'esprit définitivement...

Pour l'amour du Craft




Tout dans Eternal Darkness est une ôde à l'univers de la littérature fantastique anglosaxone, en particulier l'oeuvre de Edgar Allan Poe et surtout les écrits de Howard Philip Lovecraft avec son mythe de Cthulhu. Le directeur du jeu était en effet passionné par ce type de littérature et il avait toujours rêvé de créer un univers pour faire honneur à ces œuvres. On retrouve donc énormément de références pas vraiment dissimulées, mais toujours de bon goût, tant au niveau de l'histoire elle-même qu'en matière d'ambiance et de direction artistique.

- Le titre vous accueille avec un extrait d'Edgar Alan Poe, sympa ! -




Vous n'êtes pas sans savoir que L'Appel de Cthulhu de H.P. Lovecraft a donné naissance à un célèbre Jeu de rôles papier, et à bien d'autres créations encrées dans la pop culture. Et bien on peut facilement estimer qu'Eternal Darkness en est l'un d'eux, l'inspiration "rôlesque" se ressent à plusieurs égards.

Dans son ambiance visuelle et sonore, le délicieux parfum d'un recueil de contes horrifico-tragiques émane de tous ses pores. Entre le jeu de lumières aux teintes ocres, les bruits inquiétants, les cris de terreurs et les musiques pesantes, l'amateur du genre est placé en plein cœur d'un tableau aussi effrayant que délectable. Une réussite parfaite qui démontre le talent du studio pour poser une ambiance et qui sait surtout comment la rendre séduisante. Le soucis du détail que l'on observe dans les décors et architectures variées, se retrouve également dans tous les écrits qui sont très présents dans toute l'aventure.



- Des descriptions qui renforcent énormément l'immersion -


Car oui, au delà de l'aspect esthétique, c'est dans son écriture qu'Eternal Darkness fait le mieux ressentir au joueur sa passion pour les histoires Lovecraftiennes. Pratiquement chaque tableau, chaque gravure ou tout autre élément du décor bénéficie d'une description écrite, très détaillée, exprimant les sentiments et impression du personnage incarné. A la façon d'un certain Metroid Prime à la même époque, c'est surtout à travers ces traces écrites que le soft va faire intérioriser au joueur sa perception de son univers et déclencher en lui un sentiment de solitude. Mais ce qui va véritablement lier le tout, c'est le jeu des acteurs sur les nombreuses cinématiques ! Le titre jouit d'un casting de haute volée avec des noms comme David Hayter (Snake), Bill Hootkins (Dingodile dans crash 1) ou Jennifer Hale (alias samus).


Eternal Darkness of the hopless mind




En mettant la main sur le Tome des ténèbres éternelles (une autre manière de prononcer le mot "Necronomicon"), Alex va découvrir, au fil de la lecture, les destins tragiques de nombreux anonymes, étant tombés en possession de ce même ouvrage avant elle. Tous sont liés sans le savoir dans une lutte contre le retour des Anciens dans notre dimension et devront utiliser toutes les ressources nécessaires pour rester en vie et garder la tête sur les épaules. Au sens propre comme au figuré.



La folie est donc l'une des composantes les plus importantes dans Eternal Darkness, folie qui par ailleurs, constitue également l'ADN des écrits de Lovecraft. Non seulement le titre de Silicon Knights utilise le thème de la folie dans son ambiance, mais il l'utilise également comme une mécanique de gameplay. En plus d'une barre de santé physique traditionnelle, chaque personnage incarné dispose également d'une jauge de santé mentale qui diminue à mesure que l'on rencontre des monstres. Plus elle se réduit et plus les hallucinations visuelles et auditives se font oppressantes, poussant le joueur dans ses retranchements et l'obligeant à redoubler de vigilance pour progresser. Difficile d'avancer lorsque des cris de tortures retentissent, que des portes vibrent sous les coups d'un assaillant imaginaire, ou pire encore. De nombreuses scènes d'hallucinations se déclenchent aléatoirement et font preuve d'une originalité redoutable pour nous faire sursauter. Ces scènes brisent bien souvent le 4ème mur et s'attaquent directement à vous, joueurs, en faisant semblant de débrancher votre manette ou corrompre votre sauvegarde, pour ne citer que quelques exemples. Des petites surprises un peu vicieuses mais tellement drôles que l'on prend plaisir à les collecter, on se surprend même à forcer la chance en ne soignant jamais sa jauge de folie.




- La folie vous guette... et le pendu du salon aussi ! -



C'est véritablement l'une des marques de fabrique du jeu, toute personne ayant un jour été confronté à Eternal Darkness se souviendra de cet aspect, plus que du reste. Car au final, ce que l'on retient à travers cette fonction hallucinatoire, c'est le côté fun. Cela vient faire mentir les critiques qui rangent le titre sur l'étagère des Survival Horror, car en effet, Eternal Darkness fait rarement peur. On pourrait penser qu'il s'agit d'un point négatif pour un tel contenu, mais c'est tout le contraire. Eternal Darkness parvient en réalité à rendre séduisant et attractif, une histoire sombre, cruelle et sordide et permet, par ce petit tour de passe-passe, d'offrir une porte d'entrée vers un genre littéraire qui pourrait en rebuter certains. Les développeurs ont réussi leur pari de transmettre leur goût pour la littérature d'horreur et le fantastique, et ils l'ont fait de manière ludique et intéressante. La narration se fait alors en grande partie en fonction de l'expérience du joueur : les hallucinations n'étant pas scriptées, chacun sera confronté à son propre lot de situations déstabilisantes et saura même surprendre ceux qui auraient déjà terminé l'aventure.


Perfect Dark ?




- Des graphismes inégaux -


Cela signifie donc qu'Eternal Darkness est un jeu parfait ? Malheureusement non, le titre n'est pas exempt de défauts. Dans sa réalisation, le jeu souffrait déjà, lors de sa sortie, du "syndrome" Nintendo 64. Ses graphismes, et particulièrement la modélisation des personnages, semblent datés. Le titre ayant été prévu pour la console précédente de Big N, on perçoit que son adaptation pour la Gamecube s'est opérée en catastrophe. Le rendu est sauvé par les effets de lumière et le choix de ses couleurs, mais il pique tout de même les yeux.



Autre point négatif : sa répétitivité. Bien que l'aventure nous fait changer de personnage à chaque chapitre afin de tromper l'ennui, la surprise de la découverte n'est que de courte durée. L'histoire nous balade de siècles en siècles à travers différents lieux historiques, qui en effet bénéficient d'un soin particulier, mais au final on explore peu d'environnements différents. Le titre nous oblige souvent à visiter des lieux identiques à différentes époques ce qui s'avère rébarbatif sur le long terme. Qui plus est, la qualité et la longueur des chapitres sont assez inégales de l'un à l'autre. Certains sont passionnant mais trop courts, d'autres inintéressants, et de rares cas sont inexplicablement longs.

- Quelques exemples de chapitres marquants -





Dans sa jouabilité, on peut aussi lui reprocher de prendre peu de risques. Nous sommes dans un jeu d'action très classique avec une difficulté peu présente. Se débarrasser d'un ennemi est très facile puisqu'on dispose d'un système de visée permettant de cibler directement la tête ou toute autre partie du corps d'un adversaire. C'est très pratique en particulier lors d'usages d'armes à feu et en présence d'une caméra fixe parfois mal placée, mais en conséquence, le challenge est totalement inexistant. Et c'est ça qui, principalement, le différencie d'un titre aussi grandiose que Resident Evil en son temps.


TG c'est magique



Malgré un gameplay plutôt convenu dans les phases d'action, on constate tout de même une recherche d'innovation et d'originalité à travers ses énigmes et dans son système de magie. En effet, le tome des ténèbres éternelles permet à ses possesseurs de jeter quelques sortilèges afin d'augmenter sa force de frappe, se protéger ou se soigner, mais aussi de résoudre des petits casse-têtes. Un miroir vous indique qu'une porte se trouve là ? Un sortilège de dissipation de l'invisible et le tour est joué ! Une clef cassée ? Enchantez-la pour la réparer ! Un champ de force vous barre la route ? Trouvez un sort pour rompre le sortilège ! Vous avez compris le principe. Dans les premiers chapitres, l'usage des sorts est assez limité, mais dans les derniers chapitres du jeu, vous vous transformez en un véritable Gandalf, réfléchissant sans arrêt à la manière de préparer vos sorts pour faciliter votre progression.






Qui plus est, le lore du jeu, tout aussi fascinant, implique de bien connaitre les 3 principales divinités invoquées. La rune verte, invoque la puissance de Xel'lotath, Déesse de la folie, le symbole Rouge correspond à Chatrur'gha, Dinvité de la guerre et de la force brute, et Ulyaoth, le Dieu Sorcier se voit attribué la couleur bleue. Chaque couleur correspond respectivement aux différentes jauges de nos personnages : Esprit, Santé et Magie et leur hiérarchie fonctionne selon un ordre triangulaire qu'il faudra bien connaitre pour contrer les forces en présence avec le bon alignement de couleur.

| Conclusion |

Eternal Darkness semble avoir été victime d'une malédiction, fait assez ironique lorsqu'on connait le thème abordé dans son aventure. Entre un développement à l'intersection de deux générations de consoles, une concurrence particulièrement efficace dans un genre faussement identique et l'incapacité de ses créateurs à faire revenir la licence d'entre les morts à coups de campagnes participatives, le sort d'Eternal Darkness est de demeurer dans l'oubli pour toujours. Le choix de son titre semble aujourd'hui représentatif de son destin, mais pas si une poignée d'élus se liguent en secret pour se souvenir. Se souvenir d'un jeu généreux et empli de passion pour la littérature fantastique dont il se veut une excellente introduction pour les profanes. Un jeu mémorable pour son système d'hallucination, sa fourberie sans pareille pour réduire le 4ème mur en poussière et un lore obscur dont le potentiel semblait très prometteur. Eternal Darkness, n'est pas un Survival-Horror, il fait partie d'une toute autre catégorie : celles des pépites méconnues. Une gamme de titres sans prétention mais qui ont marqué l'affect des quelques connaisseurs, leur laissant un souvenir impérissable. Les derniers mots prononcés dans l'aventure prennent alors un tout autre sens pour celles et ceux qui ont eu le plaisir de le découvrir. Ceux pour qui il y eut un avant, et un après Eternal Darkness : "Quand je songe qu'autrefois je ne voyais pas ceux qui nous guettent derrière le voile recouvrant notre réalité. Avant j'étais aveugle." Alexandra Roivas.
1720
++ Bons points ++ - L'ambiance horrifique à la Lovecraft
- Le sound-design immersif
- Le système de magie
- Un Lore et un scénario intéressants
- Le jeu des acteurs est parfait
-- Mauvais points -- - Des graphismes datés même pour l'époque
- La redondance des lieux à visiter
- Peu de challenge
- Certains chapitres sont ennuyeux


Commentaires



Ryfalgoth
Ryfalgoth a écrit le 10 mai :
Je m'attendais à cette note du coup =) Je rejoins ton avis, un bien grand jeu trop méconnu qui avait le mérite d'être original malgré ses apparences et qui avait surtout une putain d'ambiance. Ton let's play m'a fait me rappeler d'à quel point le voice acting était très bon pour l'époque. Et bien sûr, les pranks du jeu avec les hallucinations, ce genre de trucs si ça sortait aujourd'hui ça ferait un carton sur Twitch/Youtube ha ha !
Son réel défaut selon moi c'est effectivement les environnements qui se répètent un peu trop, on retourne souvent aux mêmes endroits finalement. Puis faire 3 fois le jeu pour avoir la vraie fin..... Mouais. Encore que si le jeu proposait suffisamment de variété (un peu comme Nier Automata de ce que j'ai entendu dire), pourquoi pas, mais faire 3 fois exactement la même chose avec 3 cutscenes différentes, très peu pour moi.
Bref, un diable de bon jeu au destin maudit :twisted:
Ebros
Ebros a écrit le 11 mai :
Je n'ai jamais joué au jeu mais d'après ce que j'ai lu, la mécanique du jeu a l'air particulière. Comme tu le dis, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas un survival horror.

Ca explique peut être son manque de succès commercial. En dehors du fait que graphiquement, ça a l'air dépassé même pour l'époque.
NuageRouge
NuageRouge a écrit le 11 mai :
Excellent test. Je suis tout à fait d'accord avec le problème du "syndrome N64" qui a fait beaucoup de mal au jeu. Il est sorti la même année que la Gamecube et clairement à l'époque on voulait des jeux qui nous fassent ressentir qu'on venait de changer de génération de console, pas des titres qui nous rappelainet la N64... Par ailleurs, la sortie peu après du fameux remake de Resident Evil a fait pas mal d'ombre à Eternal Darkness.

En revanche je ne suis pas d'accord avec l'idée seon laquelle il ne s'agirait pas d'un survival horror.
Ok le titre est au final assez éloigné de ce que proposer un Resident Evil. Mais le survival horror ne se résume pas à du "Resident Evil like"!
On retrouve dans Eternal Darkness tout ce qui fait la spécificité du genre à savoir l'ambiance horrifique, le sentiment de solitude du joueur, le sentiment de vulnérabilité face au danger qui guette en permanence (ici incarné par la folie plutôt que par une horde de monstres), le huis-clos, le soin accordé à la mise en scène ... D'accord, l'influence du film d'horreur chère aux Resident Evil laisse ici la place à des référence plus littéraires. Mais c'était déjà le cas pour Alone in the Dark qui lui aussi s'inspirait des oeuvres d'Edgar Allan Poe et de Lovecraft!
C'est un débat à prolonger, mais je pense qu'Eternal Darkness est la preuve que le survival horror est un genre qui ne se cantonne pas à la reproduction du schéma de Resident Evil. Bien plus proche d'un Alone in The Dark (notamment dans ses référence littéraires), il nous rappelle la richesse du genre "survival horror" qui ne peut se résumer aux canons fixés par quelques blockbusters.

Pargonis
Pargonis Auteur a écrit Il y a 1 jour et 15 heures :
Merci pour vos commentaires, ça fait plaisir ! ^^

Pour revenir au débat sur le genre du survival horror, en effet, resident evil n'a pas inventé le genre. En revanche le terme "survival horror" a été utilisé pour la première fois lors de la sortie de Resident Evil, d'où la comparaison dans ce test. On est, comme tu le dis Nuagerouge, plus proche d'un Alone in the Dark dans la forme, mais pas tant que ça. 5Alon in the Dark a instauré tellement de bases, forcément il y aura des similitudes)

"Horror" oui "Survival", non à mon sens. Le sentiment de vulnérabilité s'absente très vite en comparaison avec ces deux titres pour plusieurs raisons : L'abondance de munitions, le système de visée automatique presque infaillible, la possibilité de soigner sa santé physique et mentale très facilement. On peut ajouter aussi que la gestion de l'inventaire est différente d'un RE ou d'un Dead Space par exemple. Tout ceci fait partie aujourd'hui d'un cahier des charges du survival horror (à tort ou à raison je sais pas), et grand bien nous fasse Eternal Darkness propose autre chose ^^ . Le sentiment de peur laisse sa place à de la fascination de son univers sombre (comme Alone in the dark d'ailleurs, mais tu mourrais beaucoup plus souvent)

On est d'accord sur le fait que ce n'est aucunement un reproche, bien au contraire, c'est ce qui le différencie totalement d'un RE et c'est ce qui lui donne toute sa particularité. C'est vrai ça démontre que les jeux d'horreurs peuvent proposer autre chose qu'une histoire de zombies où il faut compter ses balles. Quand je dis que ce n'est pas un survival, je veux dire par là que ce n'est pas un énième jeu du genre comme on en trouve déjà beaucoup.

Et si les gens n'avaient pas regardé Eternal Darkness comme un survival horror du fait de la sortie préalable de RE sur Gamecube, il aurait largement eu plus de succès. Car oui, le ranger dans la même catégorie, est une erreur.
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