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13 Sentinels : Aegis Rim

13 Sentinels : Aegis Rim - Test

Switch     Rédigé par Lord Kanozu     le 21/05/22 à 13:14     0 Coms et 249 Vues Vue étendue
Le nom de Vanillaware ne vous est certainement pas inconnu si vous êtes amateur de jeux japonais dits « de niche ». Fondé par des anciens d’Atlus, et travaillant toujours en lien étroit avec ce dernier, le studio s’est créé une réputation pour son style visuel très particulier, et souvent de toute beauté. Après Odin Sphere, Muramasa et Dragon’s Crown, Vanillaware a finalement sorti sa dernière pépite, après un très long temps de gestation, 13 Sentinels : Aegis Rim. Et c’est finalement un jeu très différent de sa ligne directrice habituelle auquel nous avons droit, puisque le studio a mis de côté l’action en beat’em up et son univers médiéval pour cette fois-ci se concentrer sur un jeu narratif dans un contexte de science-fiction.


Ce test a été réalisé à partir d'une version presse fournie par l'éditeur

La guerre des mondes


Il ne faudra pas plus de quelques minutes d'introduction avant de plonger au cœur du récit
Nous sommes en 1985, en plein Japon de l’ère Heisei, au sein d’une petite ville sans nom. Kurabe Juro, un jeune lycéen, se plaint à ses amis de rêves étranges qu’il fait ces derniers temps. Alors qu’il se promène en centre-ville, une explosion retentit et une armée d’énormes machines qui semblent venir de l’espace débarque en ville pour la réduire en cendres. Une jeune fille se jette alors au milieu de la chaussée avant d’invoquer un robot géant pour protéger sa cité. C’est dans ce contexte surprenant et très inspiré science-fiction que la grande aventure commence, pour ne plus nous lâcher pendant près d’une quarantaine d’heures.

Il est en réalité assez difficile de décrire ce qu’est 13 Sentinels : Aegis Rim sans commence à le divulgâcher. On peut toutefois aisément dire ce qu’il n’est pas : un jeu en tout point similaire avec les précédentes productions du studio Vanillaware. Ici, il ne sera pas question d’action nerveuse contre des monstres issus de folklore japonais ou médiéval, mais plutôt d’un jeu narratif, presque visual novel, dans un rythme beaucoup plus posé, le tout saupoudré de pincées de tactical-RPG en temps réel, et nous avons là sans doute la production la plus unique du studio jusqu’à présent. Tour à tour, vous contrôlerez 13 personnages différents, chacun avec leur propre histoire qui finira par rencontrer celles des autres et s’emmêler dans une intrigue fort complexe et détaillée. Il n’est pas question de choix ou de fins divergentes : il n’y a qu’une seule intrigue globale qu’il faudra démêler en remettant ensemble les pièces du puzzle. Précisons au passage que le jeu, contrairement aux anciennes productions Vanillaware, est fourni cette fois-ci en français dans le texte (avec doublages anglais et japonais), ce qui s’avère indispensable même aux bilingues pour la bonne compréhension de l’histoire.

Vanillaware s'est surpassé pour le plus beau titre de sa carrière
Le jeu se découpe donc en deux phases, à la répartition très largement en faveur des moments narratifs plutôt que ceux de véritable gameplay. Ces phases dites « aventure » sont le cœur du jeu et correspondent à plus de 90% du temps passé dessus. On y contrôle un personnage que l’on peut déplacer dans des environnements, mais on passe surtout son temps à lire des dialogues. Ces moments sont aussi un bon prétexte pour admirer les somptueux décors dessinés à la main, marque de fabrique du studio Vanillaware, qui rend ici sans doute son meilleur travail jusqu’à présent, en particulier si vous possédez une Nintendo Switch modèle OLED.

Passé le prologue où vous passerez d’un personnage à l’autre, il sera possible de choisir quelle intrigue parmi les 13 vous souhaiterez progresser, tout en respectant certaines limites. Vous n’aurez accès qu’à quelques protagonistes au début de l’histoire, le restant se débloquant naturellement au fur et à mesure. Une des forces du jeu est d’offrir cette non-linéarité, sans jamais limiter la compréhension de l’intrigue pour autant. Les révélations ne sont pas gâchées, voire sont même mieux amenés selon la façon dont vous progressez, peu importe quel personnage vous souhaitez développer en premier.

Hard SF


S'il n'y a pas de réel choix dans l'aventure, il faudra quand même interagir avec différents mots clés pour progresser
La plus grande force de 13 Sentinels : Aegis Rim, et ce qui rend le jeu si spécial, repose clairement dans ses personnages et la façon dont l’intrigue nous fait interagir avec eux. Sans divulgâcher le moindre élément essentiel, il faut savoir que l’histoire est non seulement non-linéaire dans le choix du personnage, mais également dans le déroulé des évènements. Les 13 protagonistes ne vivent en effet pas leur histoire au même moment, et certains commencent même là où d’autres finissent, voire s’entrechoquent. Toutes ces routes font partie d’un même fil rouge central, et il est ainsi fréquent de voir des évènements déjà parcourus dans la trame d’un personnage, répété depuis la perspective d’un autre, ce qui permet souvent d’en apprendre plus sur ce moment, voire d’en avoir une compréhension complètement différente. C’est de cette façon que Vanillaware a construit une intrigue qui part d’un mystère aux ramifications inimaginablement profondes, et dont il faudra petit à petit réunir les pièces du puzzle. L’intrigue est d’une profondeur telle qu’il est fort possible que vous perdiez le fil des évènements à force de changer de perspective : le jeu a alors la bonne idée de proposer une ligne du temps des évènements, continuellement mise à jour en progressant, et complétée par une encyclopédie des personnages et lieux principaux.

N'ayez d’ailleurs pas honte de ne pas comprendre grand-chose à cette intrigue les premières heures, voire pendant une bonne partie de la progression. En s’inspirant allègrement de très nombreuses œuvres de science-fiction que nous ne nommerons pas, et en épuisant tous les registres existants, l’univers de 13 Sentinels : Aegis Rim se veut volontairement très fouillé et noiera le lecteur dans des détails précis à la première occasion. Le vice est davantage poussé dans la section des archives, déblocables au fur et à mesure de l’aventure, et qui apportera encore plus de précisions sur le moindre des éléments abordés au cours de l’histoire. Il s’agit là clairement d’une œuvre complexe, qui n’hésitera pas à répéter ses concepts de nombreuses fois pour s’assurer que vous les compreniez, et qui demandera un investissement temps et concentration conséquent. N’espérez pas pouvoir y jouer en même temps qu’un autre jeu, à petites doses sur une longue période. Vanillaware n’a que faire de vos responsabilités, et même si le jeu est découpé en petites sections permettant théoriquement d’y jouer par tranches de 20-30 minutes, il a une tendance à vous happer pendant de nombreuses heures d’affilée tant le suspens est continu et savamment saupoudré de révélations pour garder nos yeux rivés sur l’écran.

Le ton d'une même histoire peut basculer de joyeux à mélodramatique d'un claquement de doigt
Revenons un bref instant sur les personnages pour souligner un aspect assez important qui fonde leur réussite. Si d’ordinaire les personnages dits à « tropes », à savoir ceux qui sont principalement caractérisés par des clichés des productions à grand succès, sont généralement perçus négativement de par leur prévisibilité et redondance, ici 13 Sentinels : Aegis Rim retourne avec succès l’idée pour faire de chacun de ses personnages, un archétype bien défini qui arrive à évoluer outre les codes grâce à une écriture subtile et finement taillée. Les protagonistes sont tous attachants, tous différents et à la fois semblables, et chacun porte une certaine idée jusqu’au bout de ses convictions, au point que l’on aura tendance à prendre parti dans les conflits qui opposeront certains d’entre eux.

Pas que de la lecture


Enfin, comme introduit quelques paragraphes plutôt, la partie narrative décrite précédemment représente la première phase du jeu. La deuxième phase correspond au véritable gameplay à proprement dit, et consiste en un jeu de stratégie en temps réel, tranchant radicalement avec le reste. Ces phases s’inscrivent entièrement dans le contexte narratif du jeu, et complémentent l’histoire tout en donnant un peu d’action au milieu d’heures de lecture. Plusieurs choses importantes sont toutefois à savoir. La plus essentielle est sans doute que le jeu impose rarement de devoir faire ces phases de gameplay, mais il sera obligatoire de toutes les avoir faites pour accéder à la fin du jeu. Un joueur qui ne se souciera pas de ses phases jusqu’à ce que le jeu lui oblige à la toute fin de l’aventure aura à rattraper deux à trois heures en une fois, ce qui peut représenter une lourde charge.

L'interface peut être très chargée mais ces phases sont rarement difficiles, au contraire
Ces phases de gameplay sont intéressantes et offrent une certaine bouffée d’air frais, mais restent assez répétitives, et surtout beaucoup trop faciles, même dans le niveau de difficulté le plus élevé (qui ne rend les affrontements que plus longs, ce que l’on ne recommande pas). On vous conseille alors de sagement doser ces passages de batailles tout au long de l’aventure, pour ne pas se retrouver à devoir toutes les rattraper d’une traite. On apprécie toutefois la fanfare visuelle que représentent ces batailles, et la fluidité du framerate pendant celles-ci, lorsque l’on sait que sur les versions précédentes du jeu, l’action n’était pas aussi confortable à l’œil que dans cette mouture Switch.

| Conclusion |

13 Sentinels : Aegis Rim est un jeu aussi dur à décrire qu’il n’est facile à conseiller. Si vous êtes un tant soit peu amateur de lecture ou de jeux essentiellement narratifs et de science-fiction, il est déjà l’un des ténors du genre et un must-have incontestable. On en retiendra une intrigue complexe, mais captivante, une expérience mémorable, des personnages attachants et un style visuel de toute beauté. On lui pardonnera ses phases de gameplay légèrement maladroites, qui n'entacheront pas son statut de l’un des jeux uniques de ces dernières années.
1720
Bons points
Une histoire captivante pour tout fan de science-fiction
Des personnages profonds et attachants
Un rythme implacable
Visuellement hallucinant
Non-linéarité maitrisée et qui sert le récit
Le sentiment d'avoir joué à quelque chose de vraiment unique dans le paysage actuel
Portage Switch de qualité
Mauvais points
Il faudra y accorder du temps et de l'investissement en quantité
Les phases de STR ne sont pas les moments forts du jeu
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