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Bravely Default II

Bravely Default II - Test

Switch     Rédigé par Lord Kanozu     le 26/03/21 à 11:04     0 Coms et 132 Vues Vue étendue
S’il n’en est pas le précurseur, Square Enix est indéniablement la pierre angulaire du genre du J-RPG. Final Fantasy est un véritable porte-étendard du jeu vidéo japonais, et a autant influencé son medium qu’il ne s’est fait lui-même influencé par celui-ci, au point où la franchise change radicalement avec chaque épisode. Aujourd’hui de véritables jeux d’action aux ambitions gargantuesques, il existe toujours une certaine frange de fans qui aiment se remémorer le temps des premiers jeux de la série, à l’époque où les codes traditionnels du genre commençaient à s’installer. C’est sur cette promesse que Team Asano, la division de Square Enix dirige par Tomoya Asano, a produit le premier Bravely Default, véritable hommage à l’héritage 2D de Final Fantasy, et un véritable succès critique et commercial. La série s’est quelque peu endormie après un second épisode sur 3DS, avant de revoir le jour sur Switch, avec un changement de développeur, mais toujours Asano à la tête du projet, et cette volonté de faire revivre la flamme du J-RPG d’antan. Bravely Default II est-il le digne héritier des précédents jeux, et est-il toujours justifié, une demi-décennie après le premier épisode ? Réponse dans le test.


Ce jeu a été testé à partir d'une version presse fournie par l'éditeur

Be Brave


Les villes sont à nouveau tout droit tirées de livres d'illustrations
Avant toutes choses, il faut expliquer ce qu’est Bravely Default II, dont rien que le titre est déjà une première aventure. Débutée en 2012 au Japon, la série Bravely a accueilli un premier épisode sur 3DS, Bravely Default : Flying Fairy. Une suite directe vit le jour quelques années plus tard sur la même plateforme, Bravely Second : End Layer, qui reprend les personnages principaux et conclut leurs arcs scénaristiques. Depuis, quelques jeux mobiles sur lesquels nous ne nous attarderons pas avant de finalement en arriver à aujourd’hui, avec le troisième jeu de la série : Bravely Default II, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Il faut en réalité envisager cette logique comme celle des jeux Final Fantasy, dont l’inspiration ne pourrait être plus évidente : Bravely Default II est un jeu entièrement déconnecté de son prédécesseur, avec une nouvelle troupe de héros, un nouveau monde, de la même façon que Final Fantasy X est un jeu différent de Final Fantasy IX. En revanche, Bravely Second est la suite directe du premier Bravely Default, et porte un nom adapté, de la même façon que Final Fantasy X-2 est connecté à Final Fantasy X. Une convention de noms alambiquée, ce qui semble être la marque de fabrique de Square Enix pour l’ensemble de ses jeux, mais qui fait sens par rapport à la promesse de Bravely Default II : un jeu entièrement inédit, déconnecté de ses prédécesseurs et qui constitue une porte d’accès idéale pour les néophytes qui souhaiteraient découvrir la série.

Déconnecté des précédents jeux, certes, mais il n’en est pas pour autant complètement éloigné. Après trois jeux, il s’est établi une véritable formule Bravely, et ce jeu respecte ces fondamentaux. Evidemment, il y a le système de combat unique à la licence, qui lui donne par ailleurs son nom. Les combats se déroulent dans un tour par tour traditionnel, mais chaque personnage possède une jauge de PB, pour Points Brave, dans laquelle il peut puiser pour attaquer jusqu’à quatre fois en un seul tour. Brave permet de sélectionner plusieurs actions à réaliser à la suite, pour peu que l’on puisse se les permettre, tandis que Default est l’option de garde, et permet de récupérer un PB par tour. La jauge monte jusqu’à un maximum de 3, à savoir trois actions Default de suite, et peut descendre jusqu’à -3, c’est-à-dire qu’il est possible de s’endetter de trois PB pour réaliser quatre actions d’entrée de jeu. C’est toutefois une option risquée puisque le personnage ne peut pas agir si ses PB sont en négatif, et sautera son tour jusqu’à retourner à 0, à raison d’un PB récupéré par tour. La clé de voute de ce système repose dans le fait que les ennemis, eux aussi, obéissent à ces règles. Ils peuvent donc, et vont le faire dès que possible, utiliser leurs points de PB pour attaquer plusieurs fois à la suite, s’endetter pour le faire ou adopter une posture défensive. Ce système ingénieux avait déjà fait ses preuves, et se retrouve ici amélioré sous quelques facettes. Contrairement aux précédents jeux où toutes les actions devaient être enregistrées avant le début du tour, ici chaque personnage possède sa statistique de vitesse qui détermine l’ordre dans lequel il agira. Les différentes classes possèdent une vitesse plus ou moins élevée et il faudra prendre en compte ce paramètre dans la composition du groupe, pour des combats globalement plus dynamiques et mieux équilibrées que dans les précédents jeux.

Les classes jouent un rôle très important aussi, toujours sous leur forme d’astérisques à récupérer sur chacun des boss du jeu, les porteurs d’astérisques. En grand nombre, les classes offrent différents types de compétences, passant des classiques mages blancs et noirs à des classiques plus atypiques, comme le dresseur de monstre ou le maître des potions. Chaque classe possède son arsenal de compétences, à la fois actives et passives, et il est possible de cumuler deux classes par personnages, et de mélanger les passifs obtenus sur tous les jobs par personnages, pour toujours plus de personnalisation.

Au global, le système de combat de la série Bravely reste l’un des meilleurs qui existe dans le genre du jeu de rôle japonais, et brille particulièrement lors de combats de boss intenses qui demandent d’adapter sa stratégie pour chacun d’entre eux. Il s’agira d’être inventif et de trouver différents moyens d’abuser les systèmes de jeux, les faiblesses et les points forts des boss pour en venir à bout. Bravely Default II ne fait pas de cadeaux, et ne pas prendre la peine de s’investir dans ses mécaniques rendra la progression beaucoup plus difficile qu’elle ne l’est réellement. Les combinaisons de classes sont nombreuses, avec chaque personnage pouvant avoir une classe principale et une secondaire, et il est possible de casser la difficulté du jeu dès son prologue, d’une manière qui récompensera grandement les joueurs les plus aguerris et ingénieux.

The 4 Heroes of Light


Les donjons sont globalement plus intéressants qu'auparavant
Mais la série Bravely ne repose pas uniquement sur son système de combat. On retrouve ici à nouveau quatre protagonistes, tous issus de régions différentes et qui se retrouvent par le fruit du hasard au même endroit au même moment, et qui partent à l’aventure avec l’objectif commun de récupérer les cristaux élémentaires afin de restaurer l’équilibre du monde. Un pitch somme toute assez classique, et qui ne surprendra pas par son originalité. Il ne faut pas s’attendre à de grands chamboulements, même si de bonnes surprises sont quand même au programme. C’est plutôt du côté de la qualité d’écriture des évènements que l’intérêt se trouve. Divisé en chapitres, la trame principale vous fera voyager entre différents continents, chacun comportant sa propre histoire et ses propres problèmes à régler. Allant d’une cité luxuriante au beau milieu d’un désert à un monastère au fin fond de la toundra, en passant par un antique royaume perdu, chacun des environnements propose quelque chose d’intriguant, et un drame plus profond qu’il n’y paraît. Mention spéciale au chapitre 3, très clairement le meilleur du jeu pour la richesse de sa trame. Comptez par ailleurs une bonne soixantaine d’heures pour voir tout ce que le jeu a à montrer.

Les personnages sont clairement la force motrice de la narration et, là où il pouvait y avoir des à priori dans les bandes-annonces, ils sont tous très convaincants une fois en jeu. Le chara-design qui avait fait couler de l’encre rend en réalité assez bien manette en main, et mimique de manière convaincante le style des jeux d’origines, même si on accuse la perte de Akihiko Yoshida. Seth, Gloria, Elvis et Adèle sont quatre protagonistes attachants, avec chacun leur personnalité et leur façon de voir le monde. Tous ont un objectif différent, et leur union fortuite permet de nombreuses interactions bienveillantes qui développe chacun d’entre eux. On se prend d’affection pour eux, ainsi que pour les porteurs d’astérisques, qui sont autant de personnages que le sort a mené à devoir se battre pour leurs idéaux. Bien loin d’un manichéisme typique, et sans aller jusqu’à survendre le niveau d’écriture, on apprécie les dialogues très humains entre les quatre héros de la lumière, ainsi que ceux avec les porteurs d’astérisques, pour apprendre d’eux et leurs circonstances.

Il est difficile de parler de la progression d’un jeu Bravely sans évoquer la fameuse seconde moitié du premier Bravely Default, qui a forgé une certaine réputation au jeu au sein des cercles de discussions en ligne. Nous n’entrerons dans aucun spoiler ici, que ce soit pour les anciens jeux ou Bravely Default II, et ce paragraphe s’adresse essentiellement à ceux qui ont immédiatement reconnus de quoi il était question avec ces quelques lignes. Là où le thème général du cycle ou de la répétition est toujours présent dans cet épisode, ce qui est naturel puisqu’il s’agit d’une des facettes typique de la formule, il ne sera plus question ici de devoir refaire du contenu en grande quantité. Evidemment, il y aura toujours des boss optionnels qui sont des variantes plus fortes de ceux déjà affrontés, faisant guise de challenge supplémentaires pour les joueurs les plus vaillants, mais rien d’obligatoire et surtout de comparable avec ce que le premier jeu mettait en place scénaristiquement. Les inquiets peuvent alors se rassurer. On recommande toutefois aux néophytes de ne pas s’arrêter avec le premier défilement de crédits, beaucoup de mystères restant non-résolus à ce stade du jeu, et de poursuivre jusqu’à la véritable fin du jeu qui en vaut largement la peine.

Entre tradition et modernité, mais surtout tradition


Une des nouveautés de Bravely Default II par rapport à ses prédécesseurs consiste en la façon dont l’exploration et la traversée du monde a été repensée. Si les villes ont toujours l’allure de véritables illustrations de toute beauté sorties d’un artbook, les régions sont cette fois-ci entièrement explorables et bien plus vastes qu’auparavant, avec une topographie plus détaillée, des coffres à trouver, des monstres rares à dénicher, et de nombreuses herbes à débroussailler pour collecter moultes trouvailles. On apprécie cette mise à l’échelle plus immersive, et qui rallonge certes le temps passé entre les donjons, mais qui donne un plus grand sentiment d’aventure à cette épopée. Une caméra moins capricieuse aurait toutefois été le bienvenu pour parfaire l’expérience.

Ce qui nous amène à parler de l’aspect visuel du titre, autre grand changement de cet épisode. Le passage à l’Unreal Engine 4 pour tous les titres de Team Asano, qu’il s’agisse d’Octopath Traveler, le futur Project Triangle Strategy ou Bravely Default II, se fait sentir et le jeu assume une direction artistique assez différente des jeux précédents, tout en gardant nombre de ses codes. On découvre ici donc des modèles de monstres beaucoup plus détaillés et vivants, des textures assez propres, un éclairage dynamique plutôt impressionnant, des effets visuels en combat saisissants et toute une suite d’options graphiques venant du moteur employées dans le jeu, comme l’effet de profondeur de champ ou du flou de mouvement. Rien de révolutionnaire, mais tout ceci combiné donne un jeu visuellement assez alléchant pour de la Switch, même s’il montre clairement son manque de budget par moment, et le style diorama-esque sied très bien au jeu. Nous ne sommes pas ici sur du Xenoblade ou Dragon Quest XI, mais on ne niera pas que le jeu peut se montrer plutôt beau par moment.

Ci-joint, sans contexte, une histoire de pieds
Ces belles paroles sont toutefois plombées par les quelques problèmes techniques qu’il est impossible de ne pas aborder, en attendant la venue d’un éventuel patch pour les corriger. A dater d’un mois après la sortie du jeu, il souffre toujours de quelques ralentissements sur certains passages très fournis, mais surtout de freezes de l’image lorsque le jeu n’arrive pas à tenir la cadence sur le chargement des textures ou dialogues. Ce problème arrive suffisamment fréquemment pour qu’il soit gênant, même s’il ne perturbera pas concrètement l’expérience peu effrénée d’un jeu de rôle avec des combats au tour par tour. On croise les doigts pour un patch au plus vite, histoire de corriger ce qui est le plus gros point noir du jeu.

Enfin, il est impossible de ne pas parler de la bande-son du jeu, qui mérite bien de figurer en conclusion de ce test tant elle enrobe l’entièreté de l’expérience. Nous avons le plaisir de retrouver Revo, ou Yasuo Kamanaka, à la composition, déjà responsable du premier jeu mais qui s’était absenté du second épisode, pour une autre performance de très haut niveau. Bravely Default premier du nom se permettait déjà d’afficher l’une des meilleures bande-son de l’histoire des J-RPG, avec pourtant une sacrée concurrence à ce niveau, et ce nouvel épisode n’a rien à lui envier. Les thèmes de combats, qui sont en grand nombre, sont tous de haute volée, et le leitmotiv du thème principal, que l’on retrouve dans la plupart des musiques du jeu, est diablement accrocheur. La composition mélange grand orchestre et style big band de façon terriblement harmonieuse. On en raffole et on en reprendrait volontiers.

| Conclusion |

Bravely Default II est un retour réussi avec brio de la franchise sur Nintendo Switch. Le charme de la formule établi par les épisodes précédents est conservé et répliqué sur de nouveaux protagonistes et un nouveau monde à explorer, et sans se contenter d’être une simple copie. On déplore des soucis techniques qui plomberont quelque peu la note, et que l’on espère corrigés au plus vite, ainsi que – c’est débattable – une certaine sagesse au niveau de la trame principale, sans que cela n’entache grandement l’expérience. Bravely Default II est un autre JRPG de qualité par Team Asano, et on espère que la série ne repart pas pour s’endormir six ans à nouveau.
1620
Bons points
Un nouveau monde, de nouveaux héros
Des personnages attachants
Système de combat en bêton armé
Casser la difficulté est un plaisir
Revo de retour à la bande-son, un régal
Plutôt joli
Rythme impeccable pour une longue aventure
Mauvais points
Des problèmes techniques gênants
Une caméra parfois aux fraises
Une trame un peu trop sage par rapport aux précédents jeux ?
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