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Wolfenstein II: The New Colossus

Jaquette

Wolfenstein II: The New Colossus - Test

Switch     Rédigé par Lord Kanozu     le 23/07/18 à 00:00     0 Coms et 359 Vues
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1961. Bientôt vingt ans après que l’Allemagne nazie a remporté la seconde guerre mondiale et que son grand chef, le Führer, ait atteint le rang d’homme le plus puissant du monde. Alors que le bruit des exosquelettes allemands et des gigantesques tourelles mouvantes retentit glacialement dans les rues de Manhattan, les tirs fusent dans les bas-fonds sous-marins, là où une troupe de résistants essaye de faire changer les choses. L’homme de fer de cette opération, c’est William Joseph « B.J. » Blazkowicz, aka Blazko le barjo, et le protagoniste dans cette aventure. Les fusils vont hurler, les têtes vont voler, préparez-vous à découper du nazi dans Wolfenstein II : The New Colossus, un autre FPS que propose Bethesda sur Switch et encore une fois développé par les experts de chez Panic Button. L’exploit technique sous conditions qu’était DOOM a-t-il été répété ici ? On vous répond en détail ci-dessous. Gute Lektüre !


Join the Resistance


Un bref rappel des événements du précédent jeu s’impose, puisque Wolfenstein II en est une suite directe, et que la Switch n’a pas eu droit (pour l’instant ?) à un portage de ce premier épisode. Pas de panique toutefois, le jeu pense à tous ceux qui souhaiteraient découvrir la série sur Switch et inclut une courte vidéo récapitulant les cinématiques essentielles à avoir vu. Grosso modo, Blazkowicz échappe de peu à la mort en fuyant l’embuscade du général Engel, et se retrouve dans un piteux état alors qu’il est rapatrié par Caroline, notre acolyte, lors des aventures de The New Order, le premier épisode de Machine Games. Les choses s’emballent alors que l’armée nazie localise l’hôpital dans lequel vous vous reposiez, et voilà qu’à peine embarqué dans la première chaise roulante qui passe, il est déjà l’heure de repeindre les murs de sang nazi à coup de double mitrailleuse. L’intro de Wolfenstein II est explosive, et à l’image de l’entièreté du périple qui vous attend. Pas une seconde le jeu ne fait retomber la pression et les feux d’artifices, poussant parfois la dose d’adrénaline jusque dans des proportions frôlant l’absurde.

Mettons un moment de côté l’intrigue pour d’abord aborder le cœur du jeu. Wolfenstein II vous fait visiter les nombreux différents paysages d’une Amérique en ruines à la suite de l’invasion de l’État allemand. Cela passe par les quartiers dévastés de New Orléans jusqu’aux bunkers nucléaires aux fins fonds des districts de Manhattan, mais cela va aussi beaucoup plus loin que cela. Le plaisir de la découverte faisant clairement partie des atouts du jeu, nous ne décrirons pas plus la diversité des environnements, mais elle fait d’ores et déjà partie des plus intéressantes à parcourir, et se permet des prises de liberté aussi inattendues qu’excitantes. Tout cela est renforcé par l’ouverture du level-design, bien loin des couloirs qu’on a malheureusement trop pris l’habitude de voir dans les autres productions du genre. Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un monde ouvert, la non-linéarité de la plupart des niveaux permet différentes approches – brutales ou discrètes – pour arriver à un même objectif, qui est souvent d’assassiner le général afin qu’il n’appelle pas de renfort et pouvoir continuer à progresser. On regrette légèrement que la voie bourrine soit souvent l’option privilégiée vu la difficulté d’avancer en se faufilant à chaque coin de mur, mais d’un côté il s’agit là du cœur du jeu. Il faut voir l’infiltration plutôt comme un moyen d’éliminer un maximum d’ennemis avant que l’alerte ne sonne, ou comme une façon de progresser sans avoir à terrasser trois sales bourrées de soldats alors que les munitions commencent à manquer.

Qui sème le vent, récolte la tempête


Un autre des points forts du gameplay concerne la possibilité, fortement mise en avant pendant toute la promotion du jeu, de porter une arme dans chaque main et de doubler la cadence de tir. Ainsi, il est très avantageux lorsqu’une salve d’ennemis arrive en courant, d’en dégager les plus costauds d’un coup de lance-grenades dans la main gauche et d’achever ceux qui sont plus mobiles avec une mitrailleuse augmentée aux balles perforantes. On vous recommande par ailleurs vivement de faire la plupart du jeu en étant doublement armé de cette façon, puisque le maigre désavantage de ne pas pouvoir viser aussi précisément qu’en ne tenant qu’une seule arme est largement compensé par le potentiel de destruction que de tirer avec deux pistolets à la fois procure, en plus d’être très jouissif. Notons toutefois qu’on déplore l’absence de certaines armes qu’il aurait été agréable de voir, comme un lance-roquettes. On comprend cependant l’absence de certains classiques comme le fusil de précision, étant donné qu’il est rare d’affronter des ennemis à distance et que la plupart des escarmouches se font de près. Parlant de corps-à-corps, une des nouveautés de cet épisode est la hachette, constamment dans la poche de Blazkowicz, qui permet en plus du classique takedown cinématique de l’ennemi une fois suffisamment près de lui, d’être jeté à distance sur le soldat nazi qui s’approchait sans vous voir, le tuant instantanément s’il ne portait pas trop d’armure. Cela peut sonner comme accessoire, mais il s’agit d’un outil indispensable pour s’infiltrer et double en tant que coup de grâce particulièrement classe pour achever une troupe de nazis.

De manière générale, tout ce qui touche aux affrontements de masse dans Wolfenstein II est maîtrisé d’une main de fer par Machine Games. Là où dans la plupart des autres jeux du genre, il est souvent facile de balancer plusieurs vagues d’ennemis juste pour combler l’une ou l’autre scène qui aurait été trop courte autrement, ici il y a un véritable sentiment de débouler au cœur du IIIème Reich et d’avoir un véritable impact sur l’effectif ennemi. On oublie vite les quelques légers pics de difficultés surprises rencontrés dans la dernière heures de jeu, même si on vous recommande toutefois d’y aller doucement sur le choix de la difficulté en début de partie, les affrontements pouvant être vraiment longs si vous prenez une des options les plus élevées.

Abordons désormais la partie sensible de ce test, à savoir la qualité technique du portage. Il s’agit là après tout d’un cas au moins aussi particulier que DOOM en son temps, à savoir un jeu technologiquement assez avancé sorti sur consoles concurrentes qui se fait, là aussi, porter sur une petite tablette qui n’a clairement pas le même nombre de chevaux sous le capot. Dans l’ensemble, on peut conclure que Panic Button a encore délivré un autre miracle et s’en sort même notablement mieux qu’avec DOOM sur la même machine. La première grosse amélioration concerne le framerate puisqu’il est confortablement bloqué à 30 images par seconde pendant presque l’intégralité du jeu, avec quelques hics à New Orleans que l’on saura rapidement pardonner. Le plus gros sacrifice est plutôt à chercher du côté de la résolution. On vous laissera vous référer à l’excellent travail de Digital Foundry pour plus de détails de ce côté-ci, mais dans l’ensemble, il faut s’attendre à un jeu plutôt flou en mode portable dans les moments énervés du jeu et suffisamment regardable sur le grand écran. Jamais le gameplay n’est affecté par la résolution dynamique du jeu, mais certaines scènes plus contemplatives peuvent être moins impressionnantes en mode portable qu’en mode dock, même si l’attrait principal d’un titre comme Wolfenstein II sur Switch est d’y jouer où que l’on veuille. Cela dit, une grosse partie des éléments majeurs de narration du jeu sont racontés via des cinématiques pré-enregistrées, dont la qualité est conservée identiquement par rapport aux autres consoles quelque soit le mode de jeu. On en profite pour caler un petit mot sur la jouabilité en elle-même, puisque Panic Button délivre cette fois-ci son portage directement avec la possibilité de viser avec le gyroscope de la console, une fonctionnalité qui n’est arrivée sur DOOM que plusieurs mois après sa sortie. On vous conseille d’y aller à petite dose, l’effet pouvant être vomitif si la sensibilité est trop élevée, mais il est recommandé d’au moins essayer de s’y faire tant la visée est facilitée avec. Autrement, une manette pro est forcément plus agréable en mode TV, même si c’est tout aussi faisable simplement avec les Joy-Con.

Mention spéciale à la bande-son du jeu, encore une fois orchestrée par le génie qu’est Mick Gordon, que l’on a déjà remercié pour son travail sur DOOM l’an passé. Les valses endiablées percutant l’atmosphère alors que la flotte nazie tente d’enfoncer la porte du tribunal d’où Blazkowicz essaye de s’échapper donne une ambiance unique et frétillante à la scène qui fait déjà partie des plus mémorables de ces dernières années. Un effort considérable à été donné pour retranscrire l’ambiance pesante de cette deuxième moitié du 20ème siècle, et cela passe autant par des mélodies poignantes lors des moments dramatiques que d’une techno énergisante lorsqu’il s’agit de faire des brochettes de soldats au fusil à pompe, sans oublier les quelques musiques d’époques pour trancher avec la tenure des événements, un grand classique des productions Bethesda.
(lien pour la musique de Wolf 2 ici)

Not monsters. Men.


Enfin, il nous faut conclure ce test jusqu’à présent rempli d’éloges par la partie du jeu qui en mérite le plus : le scénario. Wolfenstein II est plus qu’une simple histoire de jeu vidéo qui prend appui sur des événements réels, il s’agit d’un discours qui aura rarement été autant d’actualité qu’aujourd’hui, alors que les chroniques défraient les différentes marches nazies qui ont lieu aux Etats-Unis d’Amérique, ainsi que la montée des groupes d’extrême-droite dans de nombreux pays, dont les nôtres pour certains.

Il ne faut pas penser que le jeu compte mettre en avant un méchant politicien qui vous affligera d’un long discours sur ses idéaux nuancés, comme bien souvent dans les productions triple-A du genre. Wolfenstein 2 est à la fois moins et plus subtil que cela, et à la place préfère illustrer la stupidité de la philosophie nazie et l’extrême violence qui était la norme au sein de l’armée hitlérienne. Et tout en faisant cela, le jeu fait également la promotion du manque de pitié et de compassion qu’il estime mérité à l’encontre de ce groupe de radicalisés. Le message est clair, la position que prend Machine Games vis-à-vis des récents événements qui ont bouleversé le monde est très claire et on ne peut qu’applaudir la bravoure des scénaristes et de Bethesda pour permettre un jeu aussi politiquement situé de voir le jour dans une industrie qui aseptise sans remords toute production à gros budget, de peur de froisser une part de son audience.

Mais cela ne s’arrête pas là, ce n’est même pas là où le génie réside véritablement. Il faut se tourner vers la caste de personnages du jeu pour cela, et comprendre la véritable intention derrière. La galerie de personnages tous aussi uniques les uns que les autres est une véritable bouffée d’air frais dans un genre qui met trop en avant l’uniformité des hommes soldats fidèles à leurs patries et qui se ressemblent tous. Ici, entre Blazko le Barjo, l’anglais Wyatt qui devient progressivement de plus en plus dérangé au fur, la chef d’armes et maman de couleur Grace Walker, sans oublier l’antagoniste Irenes Engel, général de la flotte ennemie et symbole de la haine nazie à elle-seule, tout le monde en a pour son compte. Mais c’est là la force du titre, et elle atteint son apogée dans la scène finale, délivrant un poignant ultime message qui brise de manière magistrale le quatrième mur. Il s’agit de montrer que tous ces personnages, tous aussi différents les uns des autres, avec leurs propres circonstances et leurs propres passés, se sont unis sur leur seule volonté commune de se construire un avenir, un monde libéré du discours fasciste dans lequel il serait possible de faire grandir ses enfants sans se soucier de leur sécurité.

Rarement un jeu aura eu une telle prise de conscience dans le déroulement de ses événements, et on compte sur les doigts d’une main les jeux qui ont eu le culot de délivrer leur message d’une telle façon. A la fois satyrique et profondément sérieux, Wolfenstein II brille dans sa narration qui se permet tout sans jamais s’éloigner de ce qu’il veut raconter, et c’est une qualité qui à elle-seule fait en sorte qu’il serait possible d’en parler autant en tant que jeu vidéo qu’en tant que discours politique. C’est avec brio que Machine Games se positionne, certes de la façon dont on l’attendait au vu de la campagne marketing qui a précédé le lancement, mais à un tel niveau que l’on n’attendait pas d’un jeu vidéo.

| Conclusion |

C’est après que les crédits défilent que la réalisation vient : Wolfenstein II : The New Colossus est un tour de force comme il en arrive très rarement dans l’industrie du jeu vidéo. Là où la plupart des autres jeux acclamés par tous le sont pour leurs qualités de précurseurs, Wolfenstein II est un jeu plus actuel que jamais, et qui sacrifie l’héritage qu’il aurait pu avoir dans un futur lointain pour tout miser sur le message qu’il délivre à cette génération-ci. Il s’agit d’un jeu à jouer maintenant, dans ce climat global à mi-chemin entre le doute et le chaos, alors que les démons du passé semblent faire leur retour et qu’une cure de rappel s’impose de plus en plus. Wolfenstein II ne pourrait prétendre être à lui-seul cette cure, mais il compte bien essayer de faire le plus de bruit possible, à coup de hachettes découpant le corps de nazis par centaines dans les rues d’un Manhattan qui pourrait bien y trouver la volonté de, eux aussi, prendre les armes.
1820
++ Bons points ++ Percutant et saisissant
Jouissif et explosif
Deux armes pour deux fois plus de fun
Narration aux burnes d'acier
Rythmé à 200 à l'heure du début à la fin
Conclusion d'anthologie
Fluidité presque irréprochable...
-- Mauvais points -- ...au prix d'une résolution parfois assez basse en mode portable
Quelques pics de difficulté surprises
Une ou deux armes de plus auraient été le bienvenu


Commentaires



Ryfalgoth
Ryfalgoth a écrit le 24 juillet :
Comme je te l'ai dit en privé, je ne peux qu'approuver ce que tu dis dans ce test. J'avais totalement survolé le scénario, l'importance des messages véhiculés et du 4ème mur brisé afin de rebondir sur les événements de notre époque. Bravo pour cet excellent test.
Spydark
Spydark a écrit le 25 juillet :
Je ne peux que être d'accord avec ce test pour avoir fait le jeu depuis peu dans sa mouture PC. C'est un jeu très intelligent et contemporain tout en gardant un savoir faire d'écriture fun et décomplexé. Et le gzmeplay est brillant de sensation jumelé un à level design quali. Très bon test ! (et puis bon butter du KKK ça fait plaisir)
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