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Nintendo continue de s'approvisionner en zone de conflits

Divers     Rédigé par Fry-Rumple     le 02/08/18 à 15:29     3 Coms et 834 Vues
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De nos jours un grand nombre des produits manufacturés utilisés quotidiennement à travers le monde, et principalement les produits technologiques tels que les ordinateurs, smartphones ou consoles, utilisent pour leurs composants des matières premières minérales telles que l'or, l'étain, le tungstène ou encore le tantale. Autant d'éléments dont la production repose principalement sur l'extraction de minerais, extraction qui ne se fait pas toujours de manière très éthique et respectueuse des droits de l'homme. 

Ainsi, au-delà des conditions de travail généralement difficiles dans le secteur minier, il y a une part de l'industrie minière dans le monde qui repose purement et simplement sur du travail d'esclave, notamment dans le cas de l'extraction de minerais dans les zones de conflits, principalement en Afrique. L'extraction de minerais dans ces régions repose ainsi sur du travail forcé, tout en participant au financement des conflits armés qui s'y déroulent et du trafic d'armes. Dans ce cadre, les fabricants de produits manufacturés utilisant ces matières premières et commercialisant leurs produits sur le marché étasunien rapportent généralement chaque année le détail de la provenance de ces matériaux à l'autorité de contrôle des marchés financiers des États-Unis (la Securities and Exchange Commission). Et comme le rapporte le site gamesindustry.biz, le rapport de Nintendo à ce sujet, transmis via son dernier rapport annuel sur la "Corporate Social Responsibility" (CSR), n'est pas particulièrement en sa faveur. 

Comme l'explique gamesindustry, il appartient aux différentes compagnies de mettre la pression sur leurs fournisseurs (en réalisant des enquêtes annuelles) pour s'assurer de la provenance des matières premières et notamment vérifier qu'elles ne proviennent pas de zones de conflits. Si les fournisseurs daignent parfois à donner la moindre réponse sur le sujet, un tel procédé permet tout de même à une compagnie telle que Apple, Microsoft, ou comme c'est le cas ici, Nintendo, d'indiquer le nombre de sources où elles s'approvisionnent en minerais qui ne sont pas situées dans des zones de conflits et ne reposent pas sur du travail forcé. Mais dans ce domaine la firme de Kyoto semble depuis deux ans avoir, au mieux, du mal à s'améliorer, au pire, ne pas souhaiter améliorer sa situation. 

En effet, si entre 2014 et 2015 Nintendo a connu une forte évolution positive, passant de 47% de ses sources d'approvisionnement en minerais comme étant certifiées être hors toute zone de conflit à 72%, la situation n'a fait que stagner depuis. Si la compagnie était capable en 2017 d'obtenir un retour sur le sujet de la part de la totalité de ses fournisseurs, elle était cependant incapable d'aller plus loin, seulement 76% de ses sources d'approvisionnement étant certifiées hors zone de conflit. Un taux de certification qui se place loin derrière ceux d'autres poids lourds des industries des nouvelles technologies, comme celui d'Apple qui frôle les 100% ou celui de Microsoft qui dépasse les 80%.

Plus inquiétant encore, dans son dernier rapport CSR publié le mois dernier, Nintendo n'a donné aucune indication réelle sur la façon dont la compagnie compte identifier les problèmes et améliorer ce taux de certification, sa situation vis à vis du travail forcé dans sa chaine de production et sa situation vis à vis de sa participation indirecte au trafic d'armes. Une indication obligatoire pour les compagnie basées aux États-Unis, mais qui ne l'est pas pour une compagnie étrangère comme Nintendo

Sources : gamesindustry.biz, Nintendo - Rapport CSR 2018, section "Working With Our Production Partners"



Commentaires



Sartorius
Sartorius a écrit le 2 aout :
Grande problématique, malheureusement sans solution : depuis que nous avons interdit l'esclavage sous nos drapeaux, ce sont d'autres qui s'en chargent...

D'ailleurs il faut se rendre compte d'une autre chose : c'est que d'un point de vue écologique, l'extraction de ces terres rares est aussi catastrophique pour les écosystèmes concernés ! Ainsi, c'est pour ça que nous avons arrêté de les extraire chez nous pour les refiler à d'autres pays comme la Chine, et depuis on est devenus économiquement et commercialement dépendant d'eux... Avec pour corollaire de ne plus pouvoir leur imposer nos normes sociales comme tu le déplores dans ton article !

A mon avis, à moins de revenir aux échecs ou au Go sur des plateaux en bois ou avec des pièces simples à tailler, il va être difficile de jouer à des jeux élaborés sans se rendre coupable soit d'un écocide ou de la complicité d'esclavage moderne ! :scratch:
Pargonis
Pargonis a écrit le 2 aout :
Intéressant, ça remet les choses dans leur contexte et la réalité en pleine tronche. Et en effet Sartorius, je vais rejoindre ta réflexion, cela nous fait nous questionner sur le rôle des consommateurs dans cette histoire. Cela vaut pour Nintendo mais aussi pour d'autres acteurs industriels comme on le lit dans l'article.

C'est comme l'alimentation, les conditions nécessaires dans lesquels sont produites les quantités énormes de denrées doivent nous faire réfléchir sur notre façon de consommer. On va se diriger vers une Véganisation du jeu vidéo :)

On peut pas avoir un tel niveau de production sans avoir les mains sales. Pour autant, même si on ne pourra jamais résoudre ce problème définitivement, cela ne doit empêcher ces grandes firmes de faire le plus d'efforts possibles pour réduire leur impact négatif (pollution, fournitures en matières premières illicites...). Sans ça, autant abandonner direct...

Le problème se posera tôt ou tard, la raréfaction de matériaux déjà présent en très faible quantité sur la planète va s'accentuer. Et plus le temps passera et plus les secteurs miniers illicite auront de poids dans leur négociation.



Fry-Rumple
Fry-Rumple Auteur a écrit le 3 aout :
Citation:
Grande problématique, malheureusement sans solution

Ben même si à priori y'a pas de solution générale (je veux dire, en dehors de la chute du capitalisme hein :wink: ), comme l'explique l'article il reste quand même la possibilité aux compagnies de s'assurer au mieux de la provenance de leur approvisionnement en matières première. Après oui, c'est une solution immédiate qui permet à l'entreprise concernée de se déclarer clean (alors que pour des cas comme Apple, en matières de conditions de travail, on peut pas dire que ce soit très clean) sans que ça règle le problème de manière globale.

Sur la question des consommateurs, l'article de gamesindustry l'explique bien, en tant qu'acheteur-se on peut pas savoir si l'amiibo qu'on vient d'acheter existe grâce au travail forcé et au trafic d'armes, et c'est pour ça que les compagnies se doivent elles-même de certifier que leur approvisionnement ne vient pas de zones de conflits. Ce qui implique d'avoir une confiance non seulement dans la compagnie en question mais dans le système de certification qui, on imagine bien, ne doit pas être exempt de toute tentative de corruption. Ca m'étonnerait pas plus que ça qu'on découvre à un moment que des fournisseurs certifiés hors zone de conflit participent en fait toujours au financement de trafics d'armes et d'organisations paramilitaires. Donc on a là une sacrée asymétrie de l'information.

Pour aller plus loin, gamesindustry avait publié fin juin la situation des autres poids lourds des nouvelles technologies dans ce domaine. C'est là qu'on apprend que ce sur ce point précis Apple se débrouille très bien tandis que Sony est un peu à la traîne : https://www.gamesindustry.biz/articles/2018-06-19-apple-worlds-company-conflict-minerals
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